Quand une amie m'a dit : "Ah oui, vous allez dans ce pays où les églises sont dans les bois" je dois dire que je n'ai pas vraiment compris l'allusion ou plutôt j'ai cru que sa connaissance de la langue de Goethe était un peu incomplète... Mais une fois arrivé là-bas, j'ai compris qu'à travers sa périphrase, elle voulait simplement évoquer ce pélerinage que tout amoureux des orgues mécaniques doit faire au moins une fois dans sa vie, sinon chaque trois ans!
D'abord il faut vous dire que "Waldkirch klingt gut"..
Tous, du coiffeur au musée du pays,
de la serveuse de restaurant au pompiste, de l'aïeul au nouveau né, tous sont
mobilisés pour les orgues, les ateliers de facture d'orgues, l'histoire des
orgues. Parcourant la rue principale, vous découvrirez là : les anciennes
usines Limonaire, ici : les ateliers de la Maison
Gavioli, jouxtant ceux des Etablissements Bruder. D'ailleurs
par la porte du fond de chaque atelier les échanges de modèles devaient aller
bon train. Un peu plus loin, dans la même rue, ce sont les locaux de la firme
de Carl Frei. Tout les grands noms de la facture instrumentale du XIXème siècle
ont un jour ou l'autre fait travailler cette main d'oeuvre experte, longuement
formée, du Schwarzwald.
Car la tradition mécano-organistique est une seconde nature dans ce pays isolé
au milieu des forêts, où les travaux agricoles ont toujours été complété par
l'horlogerie, la sculpture et la dentelle. A tel point que de véritables
dynasties se sont constituées; celle d'Ignaz Blasius Bruder étant la plus
célèbre.
Le décor est donc planté. Dans ce petit bourg rural au centre de l'Europe
des autoroutes et des technologies, se tient tous les trois ans la
manifestation la plus courue, le rassemblement le plus complet, le panorama le
plus enviable des orgues historiques.
Un 89 touches Gavioli, des Frati, des
Limonaires, des Gebruder Bruder, des Bacigalupo, des Ruth und Sohne dont un
superbe exemple de 38er de concert nous ont ravi les oreilles avec les
ouvertures de "la Gazza Ladra" , d'Il "Trovatore" ou de "Dichter und Bauer".
Les bancs devant les orgues suffisaient à peine à contenir un auditoire comblé,
sans cesse renouvelé.
Au hasard des coins de rue, l'orgue-carillon
de Florian Tilgner, la scène
guinguette avec un groupe de français mettant cette année Paris à
l'honneur
sous l'impulsion de notre amie Dorothéa Walther, le groupe Organo
Caribe, 
orchestre latino avec congas, orgue et
voix, et puis les Chinchinist du Chili, venu spécialement pour
l'occasion. Percussions d'hommes orchestre virevoltants, accompagnant l'orgue à
cylindre.
Pour promouvoir la facture d'orgues mécaniques, identité forte de la ville
et favoriser les ateliers locaux, la mairie a commandé pour le deuxième
centenaire de l'implantation de la facture d'orgues en Forêt Noire, un
instrument résolument contemporain, dessiné par Ottmar Alt et réalisé par les
quatre ateliers de facteurs autochtones.
Et voila ce que cela donne : 
Splendide réactualisation des orgues de foire Gebruder Bruder, ou Ruth.
Exemplaire entente de quatre professionnels concurrents pour la meilleure
oeuvre de maîtrise commune qui soit...
Je ne peux pas parler du Festival de Waldkirch sans citer celle qui fut notre
hôtesse bienveillante et attentionnée, , la conservatrice de l'EltzalMuseum, je
veux nommer ici Madame le Docteur Evelyn Flögel. Francophile et
parfaite francophone, elle nous reçoit chaque fois avec amitié, loyauté et
beaucoup de charme, assistée de l'efficace Bernadette Thöl.
Elle organisa de trés intéressantes conférences, réunissant les
collectionneurs et les musicologues de tous les continents. 
Elle remercia avec chaleur les voyageurs lointains, comme votre serviteur venu
présenter un Gavioli à trompettes de 1867. 
Et puis comme toujours, en Allemagne, tout finit encore par de la musique...
Je vous avais
prévenu : Waldkirch klingt gut.

Calamity Jane et Colette sont venues
de leurs lettres d’amour et d’amitié, fleurir notre jubilé. Pourquoi
Paris ? On nous avait dit lors de nos vingt ans (au Grand Rond, à
Toulouse, en 1996 ! Vous vous souvenez ?) C’est loin, c’est pas
pratique hors vacances !... Alors quelle plus belle scène que cette centrale
Seine parisienne, pour contenir les frous frous talentueux, la diction
alanguie, les pauses, les césures, les allitérations et la fraicheur de notre
accorte comédienne.


Des machines à
vapeur, des tracteurs, des locomobiles, des générateurs, tout ce qui marche à
vapeur, à vapeur et à vapeur. Ne nous voilons pas la face, c'est la plus grande
concentration au monde de tout ce qui fume, crachote, embielle, tourne rond,
roulotte et compresse, volante de fonte et alimente à tiroir.
Et oui, Il y a aussi des orgues
mécaniques (80 d'aprés les organisateurs, 80 d'aprés Scotland Yard). Mais la
encore , c'est du sérieux : des 89 Gavioli, deux 115 Marenghi, des
Verbeeck, des Ruth and sohne, des Bruder, un Limonaire, des beaux, des trés
beaux, des bons, des trés bons, de toutes façons que des grosses pointures.
La ligne de 80
locomobiles foraines brillantes de toutes leurs barres de laiton torsadées,
crachant leurs escarbilles et leurs fumées aux quatre vents, dans un silence
étonnant; juste une chuintement sensuel et chaud, un haletement suggestif, un
giron rougeoyant, des filets de fumerolles blanchâtres. Et puis le ronronnement
voltaïque de la génératrice qui par les deux cables enterrés, alimentent les
feux du caroussel de chevaux de bois, de la grande roue panoramique, des
chaises volantes ou des bateaux balançoires.
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